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Puis, se tournant vers Masha, il lui porta sa main au menton et souleva son visage délicatement.
— Que t’est-il donc arrivé, ma fille ?
— Ce n’est rien. Trois fois rien, intervint Mazard. Elle a lutté comme une tigresse avant que l’on arrive à l’arrêter. Elle a tué bien dix de mes hommes…
L’inconnu dévisagea un moment l’Éminence, cela ne dura qu’un instant mais je reconnus l’odeur acerbe de la mort dans ce regard, puis tout redevint normal. Le prélat ne s’en rendit pas compte sans doute, puisqu’il continua à raconter des frivolités. Il était sur le point d’envoyer Shalina, son amour, chercher des rafraichissements lorsque l’homme mystérieux lui coupa la parole et déclara sa volonté de partir dans l’instant.
L’inconnu s’abaissa et prit Masha dans ses bras, et mon Empereur ne me parut pas plus fragile qu’en cet instant. Ce n’était plus une jeune femme mais une enfant, simplement une enfant.
— Lève-toi Tourmenteur, me dit l’homme. Cette jeune femme semble liée à toi pour le meilleur comme pour le pire.
— Mais vous ne devez pas vous abaisser à cela… elle peut marcher…un noble tel que vous…
Les paroles de l’Éminence moururent lorsqu’il se rendit compte qu’on ne lui prêtait plus aucune attention. Mon épaule s’était miraculeusement remise et mon œil droit ne voyait pas encore mais il était entier à nouveau. Serait-ce ainsi le restant de ma vie ?
Je ne savais plus que penser et me sentais soudain très fatigué alors que je suivais Masha et notre mystérieux sauveur.
Les rues de Cezarée, comme j’aurais pu m’y attendre, grouillaient toujours d’autant de monde que durant le jour, même si cette population nocturne était d’un genre différent, versée dans des activités encore moins légitimes que celles de sa contrepartie diurne.
Je remarquais aussi que nous avions quitté les bas-fonds du cercle extérieur pour les quartiers moyennement aisés du second pourtour, mais maintenant nous nous dirigions au cœur de la cité, dans son lieu le plus fastueux. Ici, le minaret auquel on m’avait accroché aurait fait figure de gnome parmi les géants. Les tours étaient d’argent, d’or, de granit, de marbre, de métal ou de cristal. Rivalisant en beauté et en splendeur. À trop les contempler, ma tête s’emplit de vertige, je flanchai, perdis pied et tombai sans pouvoir rien y faire.
— Doucement, mon frère, ce n’est pas encore la chambre à coucher.
C’était une voix étrange, qui semblait déguisée, mais ce n’était aucunement celle du mystérieux à la redingote. Je tournais la tête et vis un visage plus pâle encore que celui de l’homme, coiffée d’une chevelure d’un blond cendré. Les yeux étaient ambrés, les sourcils marron, c’était un joli visage, mais comme pour Masha, il pouvait être celui d’un homme ou d’une femme.
— Qui êtes-vous ? demandai-je, sans conviction.
Je sentais mes forces m’abandonner.
— Tout doux, mon frère. Il y aura bien le temps pour les présentations.
Je pense que j’ai perdu une fois de plus connaissance à ce moment, puisque je ne me souviens de rien avant la douceur moelleuse d’un lit. Le confort presque irréel de me sentir propre à nouveau et entier.
J’ouvris les yeux et le noble se tenait au dessus de moi. En réalité, il était simplement assis au bord de mon lit, alors que j’étais couché. Son regard était pénétrant, effrayant et rassurant à la fois, ce qui est une pensée somme toute inadéquate, mais c’était bien cela l’impression que j’eus.
— Tu viens de surmonter un traumatisme incroyable, fils. C’est étonnant que tu sois toujours en vie. Mais le danger est passé maintenant. Le manteau ne pourra plus te tuer, même s’il te fera souffrir encore longtemps avant que tu ne le maîtrises parfaitement.
— N’y a-t-il pas moyen de me l’enlever ? demandai-je avec espoir, d’une petite voix éraillée.
— Malheureusement, non, me répond-t-il. Il accompagne son hôte jusqu’à la mort.
Je ne suivais déjà plus, puisque mes pensées avaient dérivé vers mon Empereur.
— Où est Masha ? Comment va-t-elle ?
— Ne te tracasse pas, jeune Adnan. La jeune femme se porte bien. Elle est forte, c’est dans sa nature. Et il est heureux qu’elle possède un ami tel que toi.
Jeune Adnan ? Il me connaissait ! Mais d’où ? Et cette impression de déjà vu que je n’arrivais pas à identifier.
— Qui êtes-vous donc ? demandai-je finalement, empli de frustration.
— Appelle-moi simplement, l’homme de Cezarée…
Je sombrais une fois de plus dans l’inconscience.
Suite par ici (enjoy)...














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