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Mots de paix, mots de rage, mots de colères, mots d’amour, mots de haine, mots de vérité et de mensonge.

J’écris pour l’éclat improbable de déraison logique, de pensée contradictoire, de métaphore absolue, de signifié signifiant, de beauté inutile !

J’écris pour le triomphe de la vie, qui n’a de sens que dans l’omniprésence de la mort…

J’écris pour l’absurde intelligible.

Et comme il y a deux siècles les disciples du Parnasse, j’écris… pour la beauté du geste !

Alsem WISEMAN



PS : Je fais une pause dans la mise à jour d'Allégeance jusqu'à fin juin. À ce moment-là, je compte faire la correction de ce que j'ai écrit de l'aventure jusqu'ici et proposer le tout à la lecture en fichier pdf qui sera agencé de quelques croquis de personnages faits par moi ^_^
 

Vendredi 30 mai 2008
Précédemment


  Majesté, nous devrions nous arrêter et allumer un feu pour nous garder au chaud. Et avant que vous ne répliquiez quoi que ce soit de désobligeant, sachez que ceci est un avis dans un but d’efficience et de survie plutôt qu’une quelconque recherche d’aises ou encore de luxe.

  Adnan, Adnan, ne serait-il pas plus simple que tu t’adresses à moi en tant que Masha, l’apprenti du Rhapsode plutôt qu’en tant qu’Impérateur ? Car assurément tu prends beaucoup trop de liberté face à sa Majesté, l’ineffable Mashazetut ! Toujours est-il que ta remarque est censée, même si en l’occurrence, je ne compte pas la prendre en compte. Il est impératif que nous joignions la ville avant l’aube.

Et avec ça, elle fit volte-face et continua de ce pas vif et assuré qu’elle avait imposé depuis le début. Je la suivis ainsi que de mon devoir, et fut heureux, l’instant d’après, de nous voir déboucher sur une route marchande typique. Nous n’étions plus à l’abri, c’était un fait, mais au moins ceci nous garantissais une avancée plus rapide vers notre destination. Des lampadaires jonchaient la voie commerciale par intervalle régulier, et il était drôle de constater dans leur agencement une manifestation matérielle de la révolution industrielle qui depuis près d’un siècle frappait de vive force l’ensemble de l’Empire. En effet, un pilier sur deux en moyenne éclairait à la mèche et au pétrole tandis que l’autre moitié faisait usage d’électricité.

J’avais une vague idée de la situation de Lim’Amundil par rapport à nous, Nord-Est, très probablement. Toutefois, je ne me posais pas trop de questions pour l’instant puisqu’en toute apparence Masha connaissait le chemin. Par deux fois, nous eûmes quelques frayeurs en entendant l’arrivée de diligences motorisées lancées à une vélocité telle qu’on aurait pu croire que le Soleil Noir lui-même, surgi du Mazad, était à leurs trousses. Les deux fois nous nous sommes jetés dans les buissons pour cacher notre présence aux éventuels poursuivants.

C’était un jeu lassant. Bien vite nous convînmes de tenter notre chance. Il s’agissait tout de même de l’Impérateur et de son Semblable, nos deux fortunes réunies ne pouvaient pas être si mauvaises. Et si c’était le cas, ma foi, valait mieux l’apprendre tôt préférablement à tard. Masha fit émerger sa féminité et usa de ce charme pour faire de l’auto-stop. La première voiture allant dans notre sens s’arrêta avec un bruit de freins brusque à dix mètres au devant de nous avant de faire marche arrière, et présenter à la lumière des lampadaires la tête presque comique d’un petit moustachu. Les yeux rieurs et quelque peu cyniques, la bouche lippue, la voix râpeuse par excès d’alcool et le visage bouffi, je ne l’aurais pas choisi comme escorteur s’il n’en tenait qu’à moi. Il avait le teint mat et les pommettes saillantes typiques de ceux qui habitent les abords de l’Étroite Mer en Hydramont.

  z‘allons que’que part ?

  Selon toute évidence, répondis-je de mauvaise grâce.

  Humm ! maugréa-t-il, des Aèdes ! toujours à penser qu’ils sont au dessus de tout. Vous pouvez continuer à pied, si mon langage vous irrite tant…

Il disait cela sans grande conviction, son regard ayant glissé plus d’une fois du côté de Masha, qu’il lorgnait littéralement avec lubricité.

  C’serait d’mmage !

  Ne faites pas attention à mon Maître, petit-père. Il possède une humeur à se faire aliéner un Cœur Pur.

  Ah ! j’en ai connu des comme ça ! Toi par contre tu es toute douce, p’tite mie. Fais-toi une place à mon côté, ton maître n’aura qu’à s’coincer près de la porte.

La suite du trajet me parut interminable tant le dénommé Vül me révulsait. Sa voix caquetante bien que porteuse de quelques rumeurs intéressantes — informations primordiales pour faciliter un passage incognito — était difficile à endurer. Mais apparemment Masha ne souffrait pas de ce mal, puisqu’elle entretint la conversation, nourrissant la curiosité du bonhomme avec une infinité de fadaises d’une crédibilité aberrante, mais que Vül Mauchard était toujours prêt à gober tant il était perdu dans le regard igné de mon très cher Impérateur.  

  Vous étions sans aucun doute des célébrités de l’autre côté de l’Étroite Mer, mam'zelle avec son beauté et sa voix et tout !

Masha sourit langoureusement et rougit même un petit peu. Je me demandai jusqu’où s’étendaient ses talents d’actrice avant de me rappeler qu’elle n’était nulle autre que l’ineffable Mashazetut.

Bercé par le rythme des roues sur le macadam, je fus éveillé de ma légère léthargie par le surgissement glorieux de Lim’Amundil sur le panorama brumeux offert par le pare-brise de la diligence de ce cher Vül. Couleurs ocre et veloutées par le brouillard, lumignons innombrables parsemant la nuit tels les scintillements — d’étoiles en fin de vie — venus par-delà le vide astral, vrombissement sourd mais réel à l’image du ronflement d’un Néphilim endormi et enfin, odeurs musquées, citadines, telles que seule sait produire une agglomération des hommes.

  C’qu’elle est belle, n’est-ce pas, la Cité-Rêve ! déclara Vül avec fascination et pour une fois j’étais d’accord avec lui.

  Merci beaucoup p’tit père de nous avoir menés jusqu’ici ! Mais saurais-tu où se trouve l’Auberge Rouge ? Un somptueux établissement, s’il en existe… seulement cela fait vraiment longtemps que je n’ai plus séjourné dans la Cité-Rêve, et j’en perds la géographie !

À la déclaration du nom de l’auberge, je vis Mauchard pâlir comme si on lui avait parlé du Malin. La suspicion dans ses yeux fut pour la première dirigée non vers moi, mais vers Masha.

  Z’y pensions pas, ma mie !? Qu’irait chercher mam’zelle comme toi dans un endroit pareil ! L’Auberge Rouge de votre enfance a depuis longtemps disparu ! Plus que d’fous et d’coupe-gorges ! N’y allons point !

À la fin de cette tirade, Vül Mauchard était blanc comme un linge et tremblait de tous ses membres, sa lippe aussi tremblait au rythme du tic nerveux accablant sa paupière droite.

  Peux-tu au moins nous en montrer la direction ? pressa Masha de sa voix la plus suave.

  Vous sommes vér’tablement décidés ! J’vais vous laisser à l’entrée du Territoire.

  Le territoire ? demanda Masha avec affectation.

  C’est ainsi que le quartier s’appelle de nos jours. Il est contrôlé par un de ces géants. Vous, Aèdes, voyons c’que je veux dire ! Les nef’limes.

À cet instant, mon espoir resurgit, mais je ne voulus pas y croire, sans doute que Vül le vit dans le regard torve que je lui adressai, puisqu’il ajouta :

  Je l’ai jamais vu moi-même, mais il y a assez d’histoires qui courent sur lui, croyons-moi. J’ai pas voulu aller v’rifier en perdant un membre ou deux à son appétit vorace !

J’étais de plus en plus agacé par son langage particulier et je désirais me débarrasser de l’homme au plus vite. Ce que je fis lorsque nous arrivâmes au seuil de ce qu’il nommait le Territoire, en lui délivrant, de mauvaise grâce, une somme rondelette pour sa peine. Ceci suscita chez Vül un regard suspicieux, je regrettais déjà mon acte, mais je n’y pouvais rien, sinon peut-être l’exécuter sur place pour m’assurer son silence. Mais j’étais bourreau et non pas assassin. Mon rôle était, dans la normale, celui de redresser les torts et non les prévenir.

Dans la ville, le brouillard était encore plus épais malgré l’abondance de lumière. Cela donnait soudain l’impression de marcher à travers un nuage léger presque doré mais qui, dans notre circonstance, pouvait s’avérer létal. Quel personnage délétère, à en croire Vül Mauchard, pouvait bien se terrer parmi ces ombres éthérées ?

 

 

par Alsem publié dans : Allégeance communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Vendredi 23 mai 2008

Et aujourd’hui je sais ne plus avoir de mémoire

Mais ce n’est guère tout de ce que vous m’avez pris

Il est vrai qu’ici toute chose possède son prix,

Ainsi en est-il même de mon âme, chue dans des ténèbres noires

 

Mon être se morfond rageusement, sous silence

Se dépare peu à peu, mais sûrement, de son innocence

Et celui que je vois dans vos innombrables miroirs

Est le fruit gâté par les secrets de vos tiroirs

 

Je suis un fantôme au regard de brume

Le brouillard, désormais, de mes pensées l’essence

Je suis une chimère de l’encre de ma plume

Créature définie par une permanente absence

 

Je ne suis plus ce que je fus et je le dois à vous

À votre logique, votre ultime indifférence

À votre intelligence, votre sécheresse de sens

Mais je réclame ma bêtise, comme le ferait un fou

 

Très chers, si les chimères n’existent, ne puis-je en décider ?

Votre liberté de pensée, préviendrait-elle donc de rêver ?

par Alsem publié dans : Poèmes communauté : Poésie française
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Jeudi 22 mai 2008
Début du chapitre

Lorsque je m’éveillais enfin, le soleil était une immense braise ardente sur l’horizon enténébré. Un géant déchu qui ne voulait pas s’en aller avant d’avoir donné son dernier mot, sa dernière lumière. Je me sentais un peu comme lui, terrassé mais pas abattu. Aucune douleur n’émanait de mon corps, mais j’éprouvais une extrême lassitude. C’est le crépitement d’un feu qui me donna instantanément un sens plus aigu des choses qui dans l’immédiat m’environnaient. Je vis alors Masha me sourire, elle tenait quelque chose en main, de parfaitement appétissant.

  Te voilà enfin éveillé ! Ce n’est pas trop tôt si tu veux mon avis, mais tu seras content d’apprendre que ta jambe est à nouveau entière. Avec un peu d’exercices, tu seras sans doute capable de faire un cent mètres en un temps record. 

Je reniflai, l’air de ne pas croire une seconde à cette déclaration trop optimiste à mon goût. Toutefois, je n’hésitai pas à littéralement happer la brochette qu’elle me tendait.

  J’ai pris tout à l’heure le temps de faire quelques provisions, me dit-elle, ravie devant mon appétit vorace et qu’elle avait su satisfaire.

  Une magnifique initiative que vous avez eu là, Majesté, dis-je entre deux bouchées.

J’avais l’impression que j’aurais pu engloutir une montagne, si seulement elle avait la même saveur que cet assaisonnement de viandes.

  Où sommes-nous ? repris-je après m’être désaltéré (avec la même rapacité que je montrais à manger) à une gourde que Masha me tendit. Ce n’est pas ici que je me suis couché tout à l’heure !

  Nous n’en sommes pas très loin, en vérité. Mais il me fallait nous trouver une place plus à l’abri des recherches. Je ne sais pas quelle a été l’issue de l’affrontement entre les Grenadiers et l’équipage d’Achilthor. Nous ne pouvons qu’espérer les retrouver demain dans la matinée à l’Auberge Rouge. Tu as donc trente minutes pour te mettre sur pied. La nuit sera longue autant que le chemin.

 

La petite forêt fut rapidement remplacée par une lande sauvage et luxuriante. Si j’aimais les senteurs qui planaient, suaves et indolentes, je ne me laissai pas distraire pour autant, mais devins plus alerte que jamais, puisque ce territoire découvert ne permettait pas de passer facilement inaperçu. J’étais étonné de ma convalescence précipitée. Mon pas était encore gauche, mais cette séquelle bien infime en rapport avec la blessure reçue s’estompait déjà. J’avais tout de même du mal à y croire et surtout à suivre Masha au devant de moi qui se déplaçait, agile et gracieuse. 

Ce n’est qu’une demi-heure après le début de notre randonnée, alors que le soleil avait définitivement quitté sa niche à l’horizon, laissant à une pleine lune un règne sans partage sur la nuit, que je remarquai enfin cette âpreté caractéristique à l’ambiance de l’Hydramont. L’air était froid malgré la proximité de la mer, le vent ici était presque toujours fort, et provenait des Hautes-Landes aux sommets éternellement opalescents, bénis parait-il par le baiser glacé des Ondines du Nord. En effet, l’Hydramont précédé seulement du Mazad reste, des Neuf Terres du Masharim, le pays le plus bercé de mythes et de légendes. Son peuple composé fondamentalement de marins et de montagnards y est certainement pour beaucoup.

  Je ne sais pas combien de temps nous allons passer dans ces régions, mais il faudra nous procurer des manteaux et des bottes molletonnées au plus vite, dis-je. Surtout si vous comptez nous promener souvent ainsi par nuit.

  Sous tes apparences guerrières, tu es en réalité une petite nature, mon cher Adnan, taquina Masha. Mais je suis toujours encline à te faire plaisir. Je verrais ce qu’il convient de faire à notre arrivée à Lim’Amundil.

Comme à chaque fois qu’il prenait à mon Impérateur de faire de l’esprit, je répliquai par une impassibilité sans faille. Du moins en apparence. Car ainsi que je l’ai dit auparavant, cette femme, cette personne, ce souverain qui m’est cher et à qui j’ai offert mon indéfectible allégeance, savait toujours trouver le chemin vers mon cœur, et m’émouvoir. Son avis par conséquent comptait beaucoup pour moi. Et bien plus tard que cet instant où j’éprouvais une gêne à sa remarque sans pouvoir la définir, j’apprendrais, ou plutôt, comprendrais que toujours j’ai désiré paraître parfait à ses yeux. Être une espèce de chevalier sans peur et sans reproche, simplement magnifique. Tout cela sans doute parce qu’elle était, elle, parfaite à mes yeux, sublime même dans sa fragilité.

  Je tâcherai de me parfaire, Majesté. Votre personne, en effet, n’inspire que le plus parfait des services.

Nous poursuivîmes le chemin en silence. Le vent redoubla d’ardeur. La nuit devint d’encre, un nuage inopportun venu occulter Sélène. Les cigales stridulaient tandis que la lande peu à peu se couvrait d’un brouillard épais. Le tout donnant au tableau une tendance onirique certaine. La piste que nous suivions se perdit bientôt à quelques mètres seulement au devant de nous. En simple, notre situation était précaire, étant donné que nous ne pouvions pas aller aussi vite que nous le voulions, et que marcher au rythme auquel nous obligeait le brouillard aurait pour conséquence de très vite nous refroidir. Échapper à nos adversaires pour mourir par le gel me semblait une chose d’une ironie bien trop mordante pour être avalée sans rechigner.

 

par Alsem publié dans : Allégeance communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Mercredi 21 mai 2008

Pour l’avoir lu en entier ou presque (très bientôt !), j’ai beaucoup apprécié ce dernier numéro d’Univers d’OutreMonde. À commencer par la couverture, que personnellement j’adore, et qui forme un emballage parfait pour ce qu’il y a à l’intérieur, du pur concentré de Romantisme Noir (reprise de l’expression de l’Aède, créateur de mondes ^_^)

Je vous le recommande vivement, et si vous désirez une raison supplémentaire, sachez que votre serviteur y est également publié (Âprement mourir ^_^), et donc si vous appréciez un tant soit peu mes écrits…

Voici un aperçu du sommaire :

 - La Disgrâce de Lord st-Reeve, texte de Estelle Valls de Gomis illustré par Cyril Carau

- Âprement mourir, texte de Willem Lukusa illustré par Elie Darco

- Âmes soeurs, texte de Anthony Boulanger illustré par Annick D.C.

- Comme une ombre, texte de Eris illustré par Clg

- Ad vitam aeternam, texte de Romano Vlad Janulewicz illustré par Elie Guckert

- Le Romantisme Noir et le mouvement gothique, un article de Ombeline Duprat

- Le Baiser, texte de Sylvain Richard illustré par Fabien Fernandez "Fablyrr"

- "Pétrus", texte de David Osmay illustré par Anne-Laure Daviet

- Ôkami, texte de Philippe Deniel illustré par Tony Patrick Szabo

- Damné par amour, texte de Ambre Dubois illustré par Elie Darco

- La torture habitée, texte de Niggy illustré par Alain Mathiot

La couverture a été réalisé par Mathieu Coudray "Maz"

 

Cliquez sur l'image pour suivre le lien :


par Alsem publié dans : Transit communauté : SFFF
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