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Mots de paix, mots de rage, mots de colères, mots d’amour, mots de haine, mots de vérité et de mensonge.
J’écris pour l’éclat improbable de déraison logique, de pensée contradictoire, de métaphore absolue, de signifié signifiant, de beauté inutile !
J’écris pour le triomphe de la vie, qui n’a de sens que dans l’omniprésence de la mort…
J’écris pour l’absurde intelligible.
Et comme il y a deux siècles les disciples du Parnasse, j’écris… pour la beauté du geste !
Nous n’atteignîmes pas indemnes l’ombre de l’ébauche forestière qui longeait la plage. Du moins, tel ne fut pas mon cas. Arrivé aux trois quarts du parcours nous séparant de cet abri précaire, je fus fauché par une douleur pénétrante qui m’envoya tête la première dans le sable. Une balle m’avait perforé le mollet gauche et brisé tibia et péroné. Je sortis la tête du sable, à la recherche d’air, me tournai précautionneusement afin de ne pas ajouter au dommage déjà reçu, cela pour voir le bas de ma jambe tournée dans un angle improbable, dégorger de sang.
— Courez, Majesté. Je ne peux que vous ralentir à présent. Je vais essayer de me faire un garrot et vous suivre dès que je peux.
Masha ne prit pas la peine de discuter ma décision, elle me tourna simplement sur le dos et entreprit de me remorquer. Une fois de plus, je fus surpris par sa force. Elle était athlétique, c’était indéniable, et presque aussi grande que moi. Cependant, sa silhouette donnait dans le frêle plutôt que le robuste. Son épreuve de force démentit définitivement cette première impression que je gardais encore d’elle.
Quelques instants plus tard, j’étais en sueur, adossé contre un tronc d’arbre, souffrant le martyre.
— Essaie de faire le vide dans ta tête, ne pense à rien. Ne pense à rien…
Croyez-moi, il était difficile de suivre cette injonction. Le manteau d’Eroth faisait à nouveau des siennes, les milliers de nano-machines qui s’étaient à nouveau activés maltraitaient mon corps en s’inspirant des afflictions les plus obscures que mon esprit entraîné pouvait imaginer, toutefois la voix de Masha était incontestablement apaisante.
Éveillés de leur stase, par la douleur sans doute, les particules s’affairaient à nouveau dans mon corps et plus précisément du côté de la fracture ouverte. Sans vraiment trop comprendre, j’eus l’intuition qu’il me fallait agir.
— Puisque vous ne partez pas, aidez-moi donc, Majesté. Il faudrait réduire cette fracture… je n’en suis pas sûr, mais je pense que le manteau est en train de me guérir !
— C’est possible, répondit Masha d’une voix blanche.
Elle se mit tout de suite au travail, après être revenue avec deux bâtons relativement droits en main. Le processus m’arracha un hurlement et quelques râles plus ou moins étouffés. Je me surpris un instant à penser que par une suite de coïncidences comme l’univers sait en créer, j’étais en train de payer les douleurs que j’avais infligées à mes clients durant toutes ces années, aujourd’hui révolues, de mon apprentissage dans l’ORI.
Le combat se poursuivait encore, mais à cette heure ce n’était plus qu’une notion à la
lisière de mon esprit. Finalement, j’entendis les coups de feu se raréfier, la violence et l’ardeur s’estomper. Peut-être n’était-ce là que le fruit de ma perception biaisée, puisque l’instant
d’après je perdais connaissance.
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