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Mots de paix, mots de rage, mots de colères, mots d’amour, mots de haine, mots de vérité et de mensonge.

J’écris pour l’éclat improbable de déraison logique, de pensée contradictoire, de métaphore absolue, de signifié signifiant, de beauté inutile !

J’écris pour le triomphe de la vie, qui n’a de sens que dans l’omniprésence de la mort…

J’écris pour l’absurde intelligible.

Et comme il y a deux siècles les disciples du Parnasse, j’écris… pour la beauté du geste !

Alsem WISEMAN



PS : Je fais une pause dans la mise à jour d'Allégeance jusqu'à fin juin. À ce moment-là, je compte faire la correction de ce que j'ai écrit de l'aventure jusqu'ici et proposer le tout à la lecture en fichier pdf qui sera agencé de quelques croquis de personnages faits par moi ^_^
 

Jeudi 22 mai 2008
Début du chapitre

Lorsque je m’éveillais enfin, le soleil était une immense braise ardente sur l’horizon enténébré. Un géant déchu qui ne voulait pas s’en aller avant d’avoir donné son dernier mot, sa dernière lumière. Je me sentais un peu comme lui, terrassé mais pas abattu. Aucune douleur n’émanait de mon corps, mais j’éprouvais une extrême lassitude. C’est le crépitement d’un feu qui me donna instantanément un sens plus aigu des choses qui dans l’immédiat m’environnaient. Je vis alors Masha me sourire, elle tenait quelque chose en main, de parfaitement appétissant.

  Te voilà enfin éveillé ! Ce n’est pas trop tôt si tu veux mon avis, mais tu seras content d’apprendre que ta jambe est à nouveau entière. Avec un peu d’exercices, tu seras sans doute capable de faire un cent mètres en un temps record. 

Je reniflai, l’air de ne pas croire une seconde à cette déclaration trop optimiste à mon goût. Toutefois, je n’hésitai pas à littéralement happer la brochette qu’elle me tendait.

  J’ai pris tout à l’heure le temps de faire quelques provisions, me dit-elle, ravie devant mon appétit vorace et qu’elle avait su satisfaire.

  Une magnifique initiative que vous avez eu là, Majesté, dis-je entre deux bouchées.

J’avais l’impression que j’aurais pu engloutir une montagne, si seulement elle avait la même saveur que cet assaisonnement de viandes.

  Où sommes-nous ? repris-je après m’être désaltéré (avec la même rapacité que je montrais à manger) à une gourde que Masha me tendit. Ce n’est pas ici que je me suis couché tout à l’heure !

  Nous n’en sommes pas très loin, en vérité. Mais il me fallait nous trouver une place plus à l’abri des recherches. Je ne sais pas quelle a été l’issue de l’affrontement entre les Grenadiers et l’équipage d’Achilthor. Nous ne pouvons qu’espérer les retrouver demain dans la matinée à l’Auberge Rouge. Tu as donc trente minutes pour te mettre sur pied. La nuit sera longue autant que le chemin.

 

La petite forêt fut rapidement remplacée par une lande sauvage et luxuriante. Si j’aimais les senteurs qui planaient, suaves et indolentes, je ne me laissai pas distraire pour autant, mais devins plus alerte que jamais, puisque ce territoire découvert ne permettait pas de passer facilement inaperçu. J’étais étonné de ma convalescence précipitée. Mon pas était encore gauche, mais cette séquelle bien infime en rapport avec la blessure reçue s’estompait déjà. J’avais tout de même du mal à y croire et surtout à suivre Masha au devant de moi qui se déplaçait, agile et gracieuse. 

Ce n’est qu’une demi-heure après le début de notre randonnée, alors que le soleil avait définitivement quitté sa niche à l’horizon, laissant à une pleine lune un règne sans partage sur la nuit, que je remarquai enfin cette âpreté caractéristique à l’ambiance de l’Hydramont. L’air était froid malgré la proximité de la mer, le vent ici était presque toujours fort, et provenait des Hautes-Landes aux sommets éternellement opalescents, bénis parait-il par le baiser glacé des Ondines du Nord. En effet, l’Hydramont précédé seulement du Mazad reste, des Neuf Terres du Masharim, le pays le plus bercé de mythes et de légendes. Son peuple composé fondamentalement de marins et de montagnards y est certainement pour beaucoup.

  Je ne sais pas combien de temps nous allons passer dans ces régions, mais il faudra nous procurer des manteaux et des bottes molletonnées au plus vite, dis-je. Surtout si vous comptez nous promener souvent ainsi par nuit.

  Sous tes apparences guerrières, tu es en réalité une petite nature, mon cher Adnan, taquina Masha. Mais je suis toujours encline à te faire plaisir. Je verrais ce qu’il convient de faire à notre arrivée à Lim’Amundil.

Comme à chaque fois qu’il prenait à mon Impérateur de faire de l’esprit, je répliquai par une impassibilité sans faille. Du moins en apparence. Car ainsi que je l’ai dit auparavant, cette femme, cette personne, ce souverain qui m’est cher et à qui j’ai offert mon indéfectible allégeance, savait toujours trouver le chemin vers mon cœur, et m’émouvoir. Son avis par conséquent comptait beaucoup pour moi. Et bien plus tard que cet instant où j’éprouvais une gêne à sa remarque sans pouvoir la définir, j’apprendrais, ou plutôt, comprendrais que toujours j’ai désiré paraître parfait à ses yeux. Être une espèce de chevalier sans peur et sans reproche, simplement magnifique. Tout cela sans doute parce qu’elle était, elle, parfaite à mes yeux, sublime même dans sa fragilité.

  Je tâcherai de me parfaire, Majesté. Votre personne, en effet, n’inspire que le plus parfait des services.

Nous poursuivîmes le chemin en silence. Le vent redoubla d’ardeur. La nuit devint d’encre, un nuage inopportun venu occulter Sélène. Les cigales stridulaient tandis que la lande peu à peu se couvrait d’un brouillard épais. Le tout donnant au tableau une tendance onirique certaine. La piste que nous suivions se perdit bientôt à quelques mètres seulement au devant de nous. En simple, notre situation était précaire, étant donné que nous ne pouvions pas aller aussi vite que nous le voulions, et que marcher au rythme auquel nous obligeait le brouillard aurait pour conséquence de très vite nous refroidir. Échapper à nos adversaires pour mourir par le gel me semblait une chose d’une ironie bien trop mordante pour être avalée sans rechigner.

 

par Alsem publié dans : Allégeance communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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