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Mots de paix, mots de rage, mots de colères, mots d’amour, mots de haine, mots de vérité et de mensonge.
J’écris pour l’éclat improbable de déraison logique, de pensée contradictoire, de métaphore absolue, de signifié signifiant, de beauté inutile !
J’écris pour le triomphe de la vie, qui n’a de sens que dans l’omniprésence de la mort…
J’écris pour l’absurde intelligible.
Et comme il y a deux siècles les disciples du Parnasse, j’écris… pour la beauté du geste !
Deux - Le Soleil Noir
C’était la première fois que j’étais reçu au palais. Même si habituellement je me targue de posséder un flegme à tout épreuve. Cette expérience parvint toutefois à m’émouvoir.
Le Palais impériale est gigantesque. Selon les rumeurs, il constitue un monde à part entière, un peu comme une cité au cœur de notre Capitale. Jusqu’à ce soir, je n’avais jamais eu l’occasion de juger de la véracité de ces propos. Et malgré que je n’aie pu qu’entrevoir la réelle gloire qui émane de ce lieu, j’ai bien peur que les rumeurs soient vraies.
C’étaient pourtant des rumeurs d’une toute autre nature qui me torturaient l’esprit, alors que j’étais emmené devant sa Majesté, le trois fois glorifié, l’immense, l’immuable, l’inénarrable Mashazetut, notre Divin Empereur.
Pour des raisons de secret, et pour augmenter à mon angoisse, l’on m’avait encagoulé un peu après que nous ayons traversé les murs d’enceintes, de telle sorte que j’étais bien incapable de retrouver mon chemin hors de ce labyrinthe.
— Agenouille-toi devant ton empereur, et ne parle que si l’on t’en donne la permission, me dit sans ménagement l’un de mes gardiens.
C’était l’un des hommes qui m’avait kidnappé hors de mon lit. J’étais encore amère qu’ils aient su me surprendre ainsi. Mais après tout, il fallait croire que j’étais un peu dur avec moi-même. C’était tout de même des Ombres, l’élite des élites. Les seuls qui pouvaient prôner être supérieur à l’Ordre Rouge Impériale sans avoir à mentir. Pourquoi cet entretien tard dans la nuit ? Je ne savais pas, si ce n’est que c’était la volonté de l’Empereur. Cette volonté n’était pas à discuter.
— Êtes-vous un fidèle serviteur de votre Empereur ?
La question me prit au dépourvu, même si j’aurais pu m’y attendre. Et j’eus peur que mon hésitation ne me coûta la vie. Mais cette voix si calme, si belle, à la beauté lancinante m’avait troublé encore plus que la question. C’était la première fois que j’entendais la voix de mon Souverain, et c’était celle d’une femme. Je réprimais l’envie brusque et incontrôlable de lever ma tête pour avoir ne fut-ce qu’un aperçu de cet être adoré, que je connaissais intiment sans vraiment le connaître. Mais voir mon empereur sans en avoir l’autorisation était synonyme de mort. Je n’étais pas tout à fait prêt pour ce sacrifice.
— Fidèle jusqu’à la mort, s’il le faut, répondis-je avec ferveur.
— Bien, reprit la voix, vous pouvez nous laissez seuls, mes Ombres.
— Mais, répliqua une voix grave et autoritaire, ce n’est pas prudent, Majesté.
— Je n’ai pas non plus besoin de vos services, Général. Vous pouvez disposer aussi.
— Cet homme peut avoir juré sa fidélité mais vous être tout de même nuisible, Majesté, protesta-t-il, comprenez que je ne cherche que votre bien, en vous conseillant autrement.
— Je sais, très cher Kaplan. Mais laissez-moi être folle pour une fois, et refuser votre conseil. Ne vous inquiétez pas, rien n’arrivera à votre protégée. L’immuable Empereur n’est tout de même pas sans ressource face à un seul homme ?
— Comme vous voudrez, Majesté, concéda la voix grave du Grand Conseiller, le puissant Général Alfred Kaplan.
Il quitta la pièce avec réticence, cela s’entendait jusqu’au bruit de ses pas, raclant fâcheusement le sol. Et moi j’avais, malgré mon trouble, une intuition précise que je venais de me faire un ennemi acharné.
Les gens de pouvoir, tel le Général, n’aiment pas avoir de témoins au spectacle de leur déconfiture, si petite soit-elle. Je venais sans doute selon lui de participer à son humiliation, même si après tout, il ne faisait que suivre les ordres de son Empereur. Cet Empereur qui selon toute vraisemblance était une femme. Je n’étais pas encore remis de cette surprise.
Sortirai-je vivant de cet entretien ?
— Libérez aussi l’antichambre, mes Ombres, dit l’Empereur lassée, et semblait-il, agacée aussi.
Je n’entendis pas de bruit qui pouvait se prêter au fait que les Ombres étaient définitivement partis. Pas étonnant, puisqu’il était communément admis, que nul ne pouvait détecter le déplacement d’une Ombre si ce n’est lorsqu’il est déjà trop tard. Pourtant l’Empereur souffla de soulagement avant de me parler à nouveau.
— Bien, nous sommes à enfin seuls. Vous pouvez vous relever Grenadier Tshim.
J’obéissais, mais je gardais soigneusement mon regard rivé au sol. Me relever ne signifiait pas observer l’Empereur, et j’étais tout disposé à lui montrer combien j’étais bon soldat. Je suivais les ordres et rien que les ordres.
— Regarde-moi dans les yeux Adnan. Regarde ton Empereur.
Cet ordre, j’eus tout de même du mal à l’exécuter tout de suite. Cependant lorsque je levais les yeux, je comprenais pourquoi « inénarrable » était l’un des attributs de mon Souverain. Je perdis mes mots, eus le souffle couplé, et mon cœur palpitait bien plus que le jour où je connus pour la première fois une femme.
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