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Mots de paix, mots de rage, mots de colères, mots d’amour, mots de haine, mots de vérité et de mensonge.
J’écris pour l’éclat improbable de déraison logique, de pensée contradictoire, de métaphore absolue, de signifié signifiant, de beauté inutile !
J’écris pour le triomphe de la vie, qui n’a de sens que dans l’omniprésence de la mort…
J’écris pour l’absurde intelligible.
Et comme il y a deux siècles les disciples du Parnasse, j’écris… pour la beauté du geste !
Je me sentais étrange. Je n’ose dire que j’éprouvais de la tristesse, puisque, à la vérité, je ne connaissais pas la signification matérielle, ou serait-ce émotionnelle, de ce mot. Cette notion ainsi que tous les phénomènes qu’on lui attribuait resteraient longtemps une énigme pour moi. Je n’avais jamais encore éprouvé ce qui est communément déclaré de ce sentiment, le plus proche que je fusse allé était la « nostalgie », et même de cela je ne peux être certain.
Je ne suis pas bon pour les sentiments, m’apprendrait-on plus tard. Mais mon métier ne me demandait pas de l’être, aussi n’ai-je jamais vraiment exploré ce domaine, qui est aussi obscur que vaste.
Un bon soldat, un Grenadier, se devait d’être serein, froid, et lucide, j’étais le meilleur à tout cela jusqu’à ce que je rencontre mon Empereur. Ou peut-être un peu avant. Jusqu’à ce que je rencontre les enfants dans l’immense hangar que j’avais réduit à l’état de ruine.
En effet, ce fut bien à ce moment là que le monstre insidieux du monde des sentiments avait déposé son œuf au plus profond de moi.
Je me sentais étrange alors que je m’éloignais du site où reposait la caravane des Aridols, sans doute par impression d’échec. Leur sacrifice qui, quelques jours seulement auparavant, m’aurait semblé de l’ordre des choses, c'est-à-dire normal sinon banal, revêtait une aura héroïque. Je ne pouvais que le respecter, le regretter ?
Masha resta longtemps indéchiffrable. Elle était rentrée dans une de ses phases silencieuses dont, par la suite, je finirais par haïr toute manifestation. À ces moments-là, elle devenait inaccessible alors même qu’elle pouvait avoir sa main serrée contre la mienne.
Avant que je ne la rencontre, j’avais toujours pensé l’Empereur comme une espèce de dieu sur terre. Un être qui n’avait pas à s’encombrer de l’amour, la haine ou le remord. Un peu à l’image d’un soldat, bien qu’à un stade ultime. Puisque contrairement au grenadier qui ne suivait que les ordres, un dieu était un ordonnateur et devait vivre avec les conséquences de sa propre volonté et de ses choix.
La réalité sur l’Empereur était évidemment bien plus complexe que cela.
— Que faisons-nous ? demandai-je.
Je n’attendais pas vraiment de réponse. Toutefois je tenais à ce qu’elle sorte de son mutisme.
— Empereur ? Masha ?
Elle continua de marcher au devant de moi, elle semblait ne pas m’avoir entendu. J’eus un pincement au cœur. Elle paraissait si frêle, si vulnérable. Il semblait que tout mon monde s’écroulait. Cela ne pouvait être ainsi, cela ne devait être ainsi.
— Nous continuons, répondit-elle alors que je ne m’y attendais plus. Désormais cependant, nous n’acceptons aucune hospitalité. Je ne désire pas plus de morts que je n’ai déjà sur la conscience. Tout ce qui arrive est de ma faute. Si seulement j’étais plus forte. Si je possédais même une des qualités que Kaplan m’alloue. Omniscient ? Omnipotent ? Comme ce serait parfait !
— Mais vous êtes parfaite telle que vous êtes, insistai-je. D’une indicible…
— Beauté ? Ah, Adnan ! Tu es sans doute le premier qui donne de la valeur à cette qualité. À la vérité cependant, la beauté ne me sert de rien, je la troquerais volontiers pour un empire plus prospère et plus équitable.
Nous n’eûmes pas l’occasion d’approfondir cette conversation. Une tempête de sable s’était soudainement mise à soufflé. Et nous n’étions pas tout à fait équipés afin de l’affronter.
Je me débarrassai de ma pèlerine que je déchirai en deux pour confectionner prestement deux turbans, pour l’Empereur et pour moi. Elle se laissa faire comme une enfant lorsque je posai ce vêtement sur sa tête et lui encadrai le visage. Quand la bise redoubla d’ardeur, elle s’agrippa à moi ainsi que tout être s’accroche à la vie.
Cet enfer de sable et de vent ne me prépara nullement à l’attaque surprise qui s’ensuivit. Telles des fantômes s’élevant de la terre, quatre Ombres nous assaillirent.
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