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Mots de paix, mots de rage, mots de colères, mots d’amour, mots de haine, mots de vérité et de mensonge.
J’écris pour l’éclat improbable de déraison logique, de pensée contradictoire, de métaphore absolue, de signifié signifiant, de beauté inutile !
J’écris pour le triomphe de la vie, qui n’a de sens que dans l’omniprésence de la mort…
J’écris pour l’absurde intelligible.
Et comme il y a deux siècles les disciples du Parnasse, j’écris… pour la beauté du geste !
La journée était déjà quelque peu avancée et nous survolions Cezarée à bord du gigantesque engin mécanique et ovale. Le processus qui permettait au zeppelin de planer resterait longtemps incompréhensible pour moi. En effet, ma spécialité était la biologie et particulièrement l’anatomie humaine. Un ami physicien que je rencontrerais bien plus tard, essaiera de me montrer qu’il existait tout de même des éléments communs à toutes ces sciences, et que tout appareil créé par l’homme découlait d’un modèle trouvé dans la nature et donc des connaissances précises que possèdent les ingénieurs en de matières aussi diverses que la biologie, la chimie ou encore la physique.
À ce moment cependant, loin de toutes ces considérations d’érudit, mon esprit voguait dans les eaux incertaines de l’anticipation. J’essayai de savoir que serait la suite des événements. L’Impérateur gardait son silence, et même, Il me sembla distant. Depuis le début de la traversée, Masha restait enfermée dans sa cabine, alors que la vue sur le pont supérieur était tout simplement imprenable et digne d’intérêt. Je me dis, bien vite, que sans doute elle avait déjà plus d’une fois voyagé dans ces appareils volants et que par conséquent rien ici n’était pour la surprendre. Néanmoins, la voir perdre son entrain naturel me rendait quelque peu triste, sans que je ne sache vraiment pourquoi. Quant à ce qui concerne Fol, car c’est ainsi que je l’appelais toujours en la présence de Philéas, je commençais à regretter le fait de m’être si facilement laissé avoir par son charme.
Elle semblait prendre désormais plaisir à me persifler tantôt d’un ton doucereux et suggestif, tantôt par quelques piques acerbes bien senties. À ces moments là, j’étais d’autant plus gêné que Philéas faisait semblant d’ignorer nos échanges, sans toutefois pouvoir se départir de cet esquisse de sourire secret et amusé qui flottait incessamment sur son visage autrement serein.
Fatigués des simagrées de ces deux personnages, j’entrepris une exploration imprécise du bâtiment. C’est ainsi que je me trouvai, sans l’avoir vu venir, en conversation avec le capitaine du vaisseau. Un gigantesque gaillard, en vérité le plus grand des hommes qu’il me fut donné de voir jusque à ce jour. Il devait faire au moins deux mètres cinquante et était bâti comme un descendant des Néphilims. Ses membres étonnamment musclés semblaient construits dans le seul but de briser et pourfendre. Pourtant, la grâce avec laquelle il opérait derrière son volant démentait bien tout cela.
De plus, il avait des traits affables, de bon vivant. Sa chevelure échevelée, d’un rouge profond tirant sur le brun, était flamboyante au soleil, et lui tombait de toute part en se mariant à sa longue barbe, de la même teinte, dans un désordre bienvenu. L’ensemble donnait une impression d’irréel que l’on éprouverait devant la découverte de ces êtres fabuleux qui ne parsèment que les légendes. Sa peau était cuivré, plus clair que la mienne ou celle de Masha mais de loin plus hâlé que celle de Féal ou de Philéas.
Il portait une énorme salopette bleu marine possédant une infinité de poches, et une espèce de casaque en daim d’un brun foncé. Il rit avec retentissement lorsqu’il me vit arriver, et ses yeux aux reflets dorés pétillaient d’un amusement que je ne pouvais m’expliquer. Toutefois, son enthousiasme était communicatif, puisque je me surpris à lui sourire en retour alors qu’il m’offrait sa main en salutation. Elle avala littéralement la mienne et resta étonnement douce malgré les callosités qui la parcheminaient. J’écarquillai les yeux de surprise étant donné que je m’attendais à ce qu’elle m’écrase complètement.
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